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INFO-MATIN DU 9/01/02
REPLÂTRAGE DU GOUVERNEMENT:
Le Président KONARE viole les principes républicains et démocratiques !
Avec
la démission du Ministre de l’Équipement,
de l’Aménagement du Territoire, de l’Environnement et de l’Urbanisme,
Soumaïla CISSE, pour cause de candidature aux prochaines présidentielles,
et son remplacement par Alhassane Ag MOUSSA, le gouvernement Mandé
vient à nouveau de connaître sa troisième mouture, notamment
après le retrait forcé de Adama KONE des Sports et Oulématou
TAMBOURA de la Communication. Les présidentielles étant prévues
dans trois mois, un remaniement crédible est-il encore possible,
pour voir le départ d’un Premier Ministre dont la candidature
fait de moins en moins de doute ? Le Mali connaîtra-t-il
vraiment des élections transparentes et apaisées avec un
gouvernement divisé, affaibli et dont les membres sont acquis aux
différents candidats ? Une occasion ratée…
Attendu depuis des
mois, et surtout dès le début du processus des primaires, le
moins que l’on puisse dire est que ce véritable replâtrage de
l’exécutif en aura surpris plus d’un, justement par son
absence de surprise. Et pour cause, le Président KONARE, dans la
conjoncture actuelle, était attendu sur ce terrain, tant la problématique
d’élections crédibles et transparentes se pose avec acuité
sur le double plan de la présence, à la tête de l’exécutif,
du candidat équivoque, le Premier Ministre Mandé SIDIBE et du
Ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités
Locales, Ousmane SY, le maître d’œuvre des futures élections.
Et de fait, le Président de la République vient plutôt de
pratiquer jusqu’à la caricature le fameux principe de deux
poids deux mesures. Certes, Soumaïla CISSE, en se retirant
effectivement du gouvernement, contrairement aux rumeurs de
limogeage (d’ailleurs, on sait que le 3ème Vice-Président
de l’Adema avait plusieurs fois laissé entrevoir cette
possibilité, sinon qu’il aspirait même, pour diverses raisons
pas forcément liées aux primaires, à se retirer depuis quelques
mois déjà…), a posé un acte politique inscrit dans les
principes démocratiques.
Mandé contre l’Adema
Mais, on aurait pu
s’attendre à voir Mandé SIDIBE suivre la même voie,
d’autant que le Premier Ministre est loin d’avoir levé l’équivoque
sur ses intentions, la consécration du candidat de la Ruche ayant
plutôt maintenues intactes les questions soulevées tout au long
de ce processus de désignation et justifiant le pavé dans la
mare du retrait du chef du gouvernement. Le maintien de l’actuel
Premier Ministre à la tête du gouvernement, ainsi que de son
Ministre de l’Administration, paraît un coup dur porté à la
fois aux attentes d’un climat serein d’élections jugées
capitales dans la vie nationale et de la jeune démocratie, sur le
double plan des principes démocratiques et républicains. Et pour
cause, le Premier Ministre, démocratiquement, ne devrait pas procéder
de la seule volonté présidentielle, mais plutôt devrait être
la conjugaison de cette volonté avec l’aspiration de la majorité
parlementaire. Or, les dernières semaines auront convaincu que
Mandé SIDIBE ne pouvait plus prétendre gouverner avec la
disposition de la confiance de l’Adema, son parti d’origine et
auquel il n’a cessé de s’opposer, voire de dénoncer. Le
rejet des réserves du Premier Ministre, quant à la conduite du
processus de désignation du candidat que l’Adema vient ainsi de
choisir constitue un cinglant désaveu pour celui dont le maintien
à la tête de l’exécutif ne semble plus procéder que de la
seule volonté présidentielle. Par ailleurs, on sait qu’en dépit
du choix de l’Adema, Mandé SIDIBE persiste et signe, comme il
l’avait laissé entendre dans sa lettre du 21 décembre dernier
au Président du part majoritaire, Dioncounda TRAORE et dans
laquelle, s’il faisait son deuil quant à la suite accordée à
ses réserves, il maintenait tout de même ses prétentions : «Je demeure candidat et
engagé dans la voie de la recherche de solutions de nature à
sauvegarder le parti et à assurer sa victoire aux élections de
2002». Et au demeurant, son équipe ne fait nul mystère de
la détermination à conduire jusqu’au bout une candidature, non
plus pour le choix du parti, mais bien pour les présidentielles
de 2002. Ainsi, les responsables de la campagne du Premier
Ministre n’écartent même pas l’éventualité d’attaquer,
aux fins d’invalidation, l’investiture du candidat choisi par
l’Adema pour les prochaines présidentielles, signe qu’il
n’y aucune illusion à se faire quant à leur volonté de voir
leur champion participer aux compétitions. En somme, Mandé
SIDIBE et son parti d’origine, qui l’a investi de sa confiance
à la tête de l’exécutif, ne parlent plus le même langage ;
mieux, le Premier Ministre sera candidat contre le candidat et la
volonté de son parti.
L’Etat au service d’un
individu
A ce principe démocratique
jeté aux orties, la présence de Mandé SIDIBE à la tête du
gouvernement met tout aussi durablement à mal le principe d’égalité
des potentiels candidats aux prochaines présidentielles. Dans les
faits, il paraît relativement impossible, à trois des élections
présidentielles, de voir intervenir un remaniement d’envergure
qui verra partir l’actuel Premier Ministre de la tête du
gouvernement et son remplacement par quelqu’un dont
l’impartialité fera moins de doute. Il en va de même du cas de
Ousmane SY, le patron des futures élections, qui, non seulement
s’est affiché sans équivoque dans le sillage du candidat
choisi et investi par la Ruche ce dimanche, mais dont l’épouse
est la directrice de campagne. Le maintien de ces hommes au
gouvernement, ainsi que leurs affidés, équivaut à mettre les
moyens de l’Etat au service d’ambitions personnelles d’une
poignée d’individus, voire d’oligarchies familiales comme la
démocratie malienne, ces dix dernières années, n’a cessé
d’en fournir maints exemples. Au demeurant, tant sur le plan médiatique
que sur bien d’autres plans, comme des tournées et autres
sorties auprès des populations, le Premier Ministre aura fait un
usage plus qu’éloquent des moyens de l’Etat et démontré
ainsi sa vision de la chose publique. A moins d’une déclaration
de retrait de la compétition, on voit comment avec le calendrier
sportif et politique fourni, le Président de la république
pourrait s’offrir le luxe d’un chamboulement gouvernemental et
dans lequel les équilibres seront respectés.
Le gouvernement désagrégé
en agrégats de soutiens aux candidats
Mais en définitive, le problème n’est
vraiment pas lié au départ de telle ou telle personnalité. Dans
le contexte préélectoral chargé d’enjeux, toucher un tant soi
peu à l’exécutif devrait signifier, du moins dans les
attentes, une refonte en profondeur dans le seul but d’instaurer
un climat serein dans lequel conduire les élections. En effet,
les partisans de Mandé SIDIBE reprochaient au C.E.-Adema de s’être
transformé en agrégats de soutiens aux candidats. C’était
tout aussi oublié que dès l’annonce des primaires, le
gouvernement lui-même avait été la première structure à se désagréger
en une multitude d’agrégats de soutiens à ses trois membres.
L’exemple le plus éloquent, à ce propos, n’est autre que
celui du nouveau promu pour remplacer Soumaïla CISSE, Alhassane
Ag MOUSSA, éminent membre du C.E.-Adema qui figurait à la fois
parmi les signataires de la lettre de l’appel aux militants pour
faire barrage au C.E., en date du 26 décembre 2001, dénonçant
ainsi la tenue des primaires. Or, il n’est un secret pour
personne que les initiateurs de cette campagne de dénonciation étaient
tous acquis à Mandé SIDIBE dans sa détermination à la prééminence
d’un candidat consensuel. Il n’est guère, à ce propos, de
revenir sur le cas déjà évoqué de Ousmane SY. Avec le faux
suspens maintenu sur la candidature du Premier Ministre, croire sa
détermination à se présenter à la course pour Koulouba,
faut-il croire que l’on verra ces personnalités
gouvernementales remettre subitement leurs desiderata aux placards
et se refaire une virginité d’impartialité ? Le doute est
permis. De fait, il indubitable que la campagne des primaires de
l’Adema avait déjà contribué à laminer sérieusement
l’unité du gouvernement. Il est tout aussi évident qu’avec
ce replâtrage, on ne pourra toujours pas faire l’injure à ces
hommes de n’avoir que des convictions saisonnières. Au plus, il
faut s’attendre à les voir plutôt aller jusqu’au bout de
leur logique. Avec l’Etat en plus ! Avec un Premier
Ministre et des Ministres partisans, ce gouvernement si est-il
donc en mesure de conduire le pays à des élections vraiment crédibles
et transparentes ?
Le Président KONARE ne peut convaincre ainsi de sa volonté d’élections
impartiales. De fait, ce replâtrage apparaît singulièrement
comme un cheveu dans la soupe, mieux encore une occasion manquée.
Un crédit de moins à la cote d’un Président sortant dont
l’impartialité est de plus en plus écornée…
Yaya TRAORE et Sambi TOURE
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